Vous partez donc de bon matin, par le chemin de la Princesse, qui monte vers le logis de Beaufief. On le nomme ainsi, car il fut emprunté chaque jour par la princesse Charlotte de la Trémoille, encore accusée du meurtre de son mari le prince de Condé, mais qu'on autorisait à monter voir son enfant en nourrice au logis. Il vous faut quelques kilomètres pour atteindre cette belle demeure sur les hauteurs, à l'orée des bois. L'immense cuvette de St-Jean et la grande courbe de la Boutonne sont sous votre regard. Respirez, vous quittez la grande mer des céréales. Bientôt voici des fougères, des châtaigniers, des fleurs de bruyère, le couvert des bois, les vallons, ce qu'il faut pour prendre le rythme des pas. Le terrain s'élève encore, seuls le chemin, les champs et les arbres, ce qu'il faut pour le dialogue avec vos compagnons, avec vous-mêmes. Puis un jardin sur les hauteurs, tout en long, les bruits des hommes, c'est le Grand Châtenet ici, de hauts murs, un grand portail ouvert et à l'intérieur, le palmier, la cour et la vaste demeure. Vous replongez dans les bois encore, le chemin c'est aussi ces passages du soleil à l'ombre, des perspectives vastes à l'abri végétal. Et vous sortez soudain du chemin creux, du bois, de l'ombre, et c'est la courbe des rangs de vigne, offerte comme une femme, avec, en contrebas, le clocher de Fenioux. Vous descendez vers le village, vers l'église, voyez au grand portail les signes du Zodiaque, les travaux des mois et des jours, les Vierges folles et sages comme à Aulnay, et les admirables sculptures des Vices et des Vertus. Le site de Fenioux, son vallon, son ruisseau, est d'une grande quiétude. A deux pas de l'église, près du sentier, la lanterne des morts est considérée comme une des plus belles de France. Onze colonnes fines font l'élégance de la silhouette. Un petit escalier monte au lanternon, ajouré. On y faisait des feux, pour accompagner les âmes des défunts, et pour éclairer peut-être les pèlerins perdus. Asseyez-vous, avant de descendre, au pied de la lanterne, ou au seuil de l'église. Goûtez la paix de ces lieux, l'accord du corps, du coeur, du regard. |
La lanterne des morts, à Fenioux |