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Qu'est-ce qui donne valeur à l'artisanat ? La cohérence du geste ? Le sens qu'on donne aux objets ? Et bien d'autres subtilités sans doute, que les parcours de découvertes des artisans donnent à voir.
Des objets qui ont du sensIl y a l'objet du progrès, celui de l'industrie, qu'on a mis au point après de longues recherches et qui se reproduit pareil à lui-même, peuplant le monde de l'uniformité, maintenant que sur la planète, l'échange se fait dans l'instant. Cet objet est indispensable à nos vies, pour nous déplacer, pour travailler, pour faire la cuisine... mais à l'instar de l'ordinateur, l'objet du progrès est plus une machine qu'un objet, utile, qui fonctionne. Puis il y a l'artisan, qui prend le matériau, sait l'assembler, le creuser, en faire surface ou volume, l'artisan qui geste à geste fait émerger l'objet, une présence. L'artisan sait faire. Il pense aussi, il peut tenir discours, mettre en plans ou en équations parfois, mais sa grâce, son bonheur, son honneur, c'est de faire naître. Et pourquoi l'objet artisanal passionne autant les gens, pourquoi dit-on de telle céramique ou de telle sculpture qu'elles ont du sens ? Parce que, sans doute, l'artisanat est le miroir de l'homme. Entrez dans un atelier de poterie, bien sûr les objets rassemblés là diffèrent les uns des autres, mais ils sont tous parents : l'artisan crée un monde à son image. |  La main et la lumière du vitrail, à Vinax | Dans l'objet de l'artisan, il y a une épaisseur d'humanité irréductible, comme si ce vase ou ce vitrail savait témoigner de son parcours de mise au monde, que cela est le fruit de l'intelligence et du corps d'une femme ou d'un homme. Et c'est cela qui nous émeut. Même si ce n'est pas toujours une oeuvre d'art, cet objet est un passeur, un échangeur d'humanité. Ce qu'on achète, en plus de la beauté, de la qualité fonctionnelle de l'objet, c'est cette part irréductible de création, d'expérience, qui nous fait différents des machines. | Instants artisansEn Vals de Saintonge, les artisans d'art sont discrets, ce qui est sans doute un gage de qualité. Non qu'ils se cachent, mais ce qui importe, c'est d'abord le métier, les gestes sur la matière, dans les replis parfois de la campagne. Vous êtes venus jusqu'à l'orée de la forêt, en cet endroit de maisons disséminées qui font comme une sorte de clairière humaine. Vous poussez la porte : de ce côté-ci de la rue, c'est la femme qui officie, elle fait des vitraux, met au coeur du verre la lumière, les couleurs. De l'autre côté, lui construit des meubles. Elle montre les dessins, déroule la technique, parle des enfants qu'elle accueille pour leur expliquer ce très ancien métier. "Le vitrail, c'est pour les églises, mais aussi pour les maisons des gens." Vous hésitez, vous lui demandez comment la lumière peut à ce point peupler la matière du verre. Elle sourit : "C'est le métier..." Ou bien vous marchez, c'est un autre jour, vous descendez vers le lavoir d'un petit village, et voici de larges blocs de calcaire alignés, vous avancez, c'est le savoir-faire de la pierre ici, un homme et une jeune fille, des outils multiples, des sculptures complexes pour la restauration, des objets épurés aussi, comme en dialogue avec les précédents. |  La main qui fait les volumes, à Macqueville |
Ou bien c'est dans un bourg, et ce sont des céramiques contemporaines sur des étagères minces. Vous en avez vu souvent, de ces vases, pourtant, mais votre regard s'arrête, est-ce l'émail un peu brut, ou les formes très anciennes et modernes à la fois, vous avez envie de les toucher, de les caresser presque. Vous rêvez à d'autres peuples, d'autres civilisations, vous dialoguez avec celle qui vous accueille, vous voyagez avec elle. Vous êtes au coeur du savoir-faire de la Saintonge, au coeur du monde. |