| C'est la fin de l'été, on est au coeur des marches boisées, à la lisière de la Saintonge et du Poitou, dans ce qui était autrefois un immense massif forestier. En reste des bosquets, nombreux, qui alternent avec les champs de céréales, sous la lumière. C'est un hameau à dix maisons peut-être, un banc sous l'ombre à l'entrée, des jardins. Une maison longue, avec une treille lourde de raisins sur la façade, un tilleul dans la cour. "C'est mon père qui l'avait planté", dit celle qui nous accueille. On entre, l'intérieur est simple, rangé, avec des beaux meubles et leur odeur de cire. C'est une maison paysanne, comme tant dans ce pays, on jouit de la fraîcheur. La femme parle. "Je voulais vivre à la campagne, absolument, alors on a commencé avec quelques chèvres". Un temps de silence long, comme une nostalgie de ces années. "Mais on n'a pas voulu trop grandir, les chèvres, vous savez, il faut pouvoir les mener aux bois, dans les chemins. On ne fait pas de bon fromage sans un bon lait, et pour ça, il faut aller et venir avec elles". Elle dit la feuille de platane qu'on met sous le mothais, pour le parfum, pour le vrai. Elle dit les rencontres sur les marchés, les clients qui sont devenus des amis presque. Il y a chez elle comme une paix intérieure gagnée de tant de jours à s'occuper des bêtes, sa voix caresse les meubles, on pense à cette tendresse du fromage dans la bouche, à son moelleux. "On va s'arrêter bientôt, mais je suis heureuse, une jeune femme va reprendre. Elle est venue en stage l'an dernier, plusieurs mois. Elle va venir vivre ici". |  Le bébé chèvre, en toute tendresse, à La Villedieu |