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Entre Poitou et Saintonge Imprimer Email
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Entre Poitou et Saintonge
La forêt, les bois taillis

A la limite entre Poitou et Saintonge, s'étend une région bien particulière que l'on appelle la "marche boisée".

 

Vous venez du nord, du Poitou, vous passez Melle et sans vous en rendre compte, vous prenez un peu de hauteur, les bois qui parsèment le paysage se font plus denses. Puis vous changez de versant mais à peine, la lumière abreuve plus la terre, l'air est presque marin : vous êtes chez nous.

 

Un hameau près des bois

Un hameau près des bois, Loiré sur Nie

 

Une ancienne frontière

Autrefois, le mot marche désignait une terre frontalière qui avait souvent vocation de défense contre le territoire voisin. Lors du peuplement par les tribus celtes, les Santons ont occupé ce qui deviendra la Saintonge, tandis que les Pictons s'étendaient plus au nord.

 

Entre les deux, un vaste massif forestier, qui resta longtemps peu défriché : la Sylve d'Argenson. Cette immense forêt courait de la Dordogne jusqu'au golfe des Pictons. Terre des confins, traversée par la voie romaine de Saintes à Poitiers, elle était protégée par un camp de légionnaires situé à Aulnay.

 

C'était aussi la limite des langues d'oïl et d'oc, et clairement une ligne de partage du climat. Passée la forêt, c'était déjà le sud. Pour autant, Aulnay et les lisières sud des bois se trouvaient en Poitou. Au début du XIXe siècle, les gens d'Aulnay décidèrent de s'appeler Aulnay de Saintonge, pour être, peut-être, en cohérence avec le soleil.

Fierté du paysage

On dit des paysages qu'ils façonnent les hommes, leurs mentalités, leur façon de voir le monde. La marche boisée est longtemps restée sauvage, isolée, la forêt impénétrable ne laissait aux hommes que de rares passages peu sûrs.

 

Le village de St-Mandé sur Brédoire, au matin

Le village au matin, du chemin des sauniers, St-Mandé sur Brédoire

 

Pour sentir cette sorte de fierté des isolés, il vous faut aller de village en village, voir l'ombre et la lumière dans les ruelles, le dialogue des arbres et des murets de pierre sèche. Le relief reste doux, mais les collines sont plus marquées, les villages se lovent dans des creux qu'on devine à peine, plus resserrés qu'ailleurs. Et peu après, d'un chemin à mi-hauteur, le regard porte à des dizaines de kilomètres.

 

Les gens ici parlent peu, du moins de la parole bavarde qui remplit l'atmosphère. On respecte le calme, ce dialogue équilibré avec la nature qu'on a établi au fil des siècles. Et si l'on parle, c'est pour l'essentiel.

 

Ne pressez pas le pas, allez découvrir Vinax par exemple à l'orée de la forêt, vous y verrez l'église romane bien sûr comme à chaque village, mais aussi la fragilité des maisons à portée de la vaste forêt, comme si l'architecture se souvenant des anciennes peurs, du temps des monstres et des loups.

 

Ne pressez pas le pas, montez jusqu'au Signal, le point le plus haut de la Saintonge, puis descendez par Chez Naudin et Le Paradis, vous verrez encore des traces du défrichage d'autrefois, le dialogue incessant des bois et des champs, le zig-zag des lisières. Et si à quelques mètres, un renard saute d'un fossé, ou si quelques sangliers rentrent vers les bois, ne vous effrayez pas, goûtez l'instant, ils sont chez eux, comme vous.



 
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