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La partie est de l'église d'Aulnay, qui fut sans doute la première construite, est un extraordinaire dialogue entre des formes architecturales à leur perfection et une sculpture d'une grâce sans pareille.

Rondeurs et symboles

Venez le matin, dans la première fraîcheur de la lumière, reculez de quelques pas, asseyez-vous sur une ancienne pierre tombale ou sur l'herbe et regardez... Peu de visions ainsi qui vous donnent un tel sentiment de plénitude, et c'est bien sûr le jeu avec la lumière des volumes, des formes, des lignes qui tresse en vous l'émotion.

 

Partie centrale de l'abside, Aulnay de Saintonge

Partie centrale de l'abside, église St-Pierre, XIIe siècle, Aulnay de Saintonge

 

Une abside centrale tout en rondeur, issue de l'élancée rectiligne de la nef et du choeur, et deux absidioles de chaque côté comme ses enfants : le chiffre 3 comme symbole de la Trinité. Cinq fenêtres au long de l'abside, d'une pureté de forme remarquable, semblables et différentes : le chiffre 5 comme symbole de l'union de la terre et du ciel selon les Grecs. Les bâtisseurs romans jouent des nombres, des symboles et de l'harmonie.

L'élégance délicate

Quand on s'approche, la vision se fragmente, mais chaque détail ici est d'une grâce visuelle légère comme une danse sans fin. Que ce soit les modillons autour de l'abside, les motifs qui décorent les arcs des fenêtres, les figures des chapiteaux... tout semble exactement à sa place et faire rêver à la fois, comme si l'architecture offrait à l'imaginaire un écrin.

 

Il faut vous approcher encore, prendre parfois vos jumelles ou votre téléobjectif, pour voir une à une les scènes. Celle qui est sculptée de chaque côté de la fenêtre centrale de l'abside est emblématique. Des personnages sont comme aux prises avec des rinceaux végétaux, qui les entourent et qu'ils semblent vouloir gravir.

 

C'est le symbole, dit-on, de la vie humaine et des efforts qu'elle mène pour accéder au salut éternel. C'est aussi un rappel évident de certaines enluminures de manuscrits. C'est enfin une sculpture d'une très grande finesse, qui semble vouloir se détacher des pierres pour prendre l'air.

 

On retrouve cette occupation en aplat de chaque côté d'une fenêtre par exemple à St-Thomas de Conac (XIe siècle) au sud de la Saintonge : ce sont de tels rapprochements qui incitent les historiens de l'art à dater assez tôt dans le XIIe siècle cette première partie de l'église St-Pierre.

 

Comme souvent dans l'art roman, et singulièrement pour un édifice aussi riche, il vous faut prendre le temps de la découverte. Des modillons qui ponctuent la corniche de l'abside : monstres qui vous narguent, sonneur d'olifant, oiseaux face à face symbole de paix...

Sculptures, montant de la fenêtre centrale de l'abside, Aulnay de Saintonge

Fenêtre centrale de l'abside, détail du montant gauche,
église St-Pierre, XIIe siècle, Aulnay de Saintonge

 

Ou bien des chapiteaux qui racontent aux fenêtres des histoires : la pesée des âmes, Samson qui terrasse un lion... Et encore des absidioles où se côtoient les acrobates, les animaux de tout poil et jusqu'à cette figuration – bien cachée – d'un dieu germanique qui "bave sa barbe" !

 
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