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| Faubourgs et remparts, la forme d'une ville |
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Découvrir l'architecture d'une ville, c'est une aventure entre soi-même et des rues, des bâtiments, des perspectives... où la mémoire, celle des pierres et la sienne propre, est au centre du parcours. Dans son livre "La forme d'une ville" (José Corti, 1985) consacré à Nantes, Julien Gracq écrit – et cela vaut sans doute pour toute ville qu'on veut faire sienne, le temps des vacances ou le temps d'une vie : "Pour s'être prêtée sans commodité, pour ne s'être jamais tout à fait donnée, peut-être a-t-elle enroulé plus serré autour d'elle, comme une femme, le fil de notre rêverie, mieux jalonné à ses couleurs les cheminements du désir." L'origine et le coeurSt-Jean d'Angély est une ville de taille modeste, et l'éprouver pleinement pourrait sembler l'affaire d'une promenade ou deux. Mais la densité de la mémoire ici est telle, et il y a tellement de chemins pour le désir, qu'après des années, quand on parcourt ces rues, on cherche encore éperdument l'origine et le coeur de la ville.
On le sait, le coeur du temps, de l'espace, c'est cet enclos de l'abbaye, ouvert aujourd'hui, comme troué de ces tours jamais finies, de cet arc-boutant gothique pendant dans le ciel. Vous traversez de long en large ce patrimoine où s'empilent les siècles et les styles. Discernez-vous vraiment ce que toute ville d'exception doit verser d'amour et de rêves à qui la visite ?
Alors, quittez pour un temps ce lieu superbe et nu, allez dans son voisinage, à la recherche de traces perdues, dans le lacis des ruelles où le premier Angéri s'est construit. Les traces, c'est dans l'imaginaire, quand au détour d'un mur, on rêve au vin des moines exporté vers la Flandre, ou à ces masses de pèlerins qui devaient loger là, tout autour, dans la vie précaire médiévale. Pépin, le roi d'Aquitaine, avait créé l'abbaye. Très tôt les moines concédèrent les terres aux nouveaux venus, le bourg grandit, puis la ville pas à pas, qui s'est tissée autour de ce coeur, royal et sacré à la fois.
Faubourgs et rempartsL'essor considérable de l'abbaye va de pair avec celui de la ville. Bientôt, il faut protéger les habitants, on construit au XIIe siècle les premiers remparts, la ville se ferme, seules quatre portes désormais y donnent accès.
Et les pèlerins qui viennent d'Aulnay font étape de l'autre côté de la Boutonne, à St-Julien de l'Escap (l'étape), avant de pénétrer par le Faubourg Matha. Et ceux qui partent s'en vont par le Faubourg Taillebourg, ils passent le pont St-Jacques. Qu'est-ce qu'un faux-bourg ? Un petit fil qui s'urbanise peu à peu, hors du bourg, hors de l'abri. Allez découvrir le Faubourg Taillebourg aujourd'hui, on devine encore cette précarité d'une ancienne levée posée sur les marais et les bras de la rivière. C'est dans le faubourg que résident les indésirables, comme les lépreux qui y ont leur église et leur refuge. L'homme de bien n'y fait que passer, vite.
Quatre portes, quatre faubourgs, mais dans la ville les libertés communales, la protection des remparts, des moines et des puissants. Et la ville grandit, la toile urbaine se diversifie, on monte des remparts nouveaux, plus loin du centre. Et ils résistent aux coups de boutoir des Anglais, de la guerre de Cent Ans.
Puis viennent des idées nouvelles qui germent et poussent dans l'esprit des hommes d'ici : c'est la Réforme et son cortège à nouveau de conflits. La ville est huguenote. Premier siège en 1569, le roi prend la ville, mais fait clémence. "Non seulement, dit la chronique, il laissa la ville en son entier, mais encore laissa les habitants d'icelle en leurs privilèges...". Mais en 1621, Louis XIII, lors du second siège, ne pardonne pas. Les remparts sont rasés, les douves comblées, une part des pierres s'en va à Brouage qu'on est en train de fortifier, et la ville, rabaissée, prendra pour un temps le nom de Bourg-Louis... L'espace urbain est désormais ouvert. |