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| Motifs, les pierres enlacées |
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Page 1 de 5 Parmi les nombreuses facettes de l'art roman, les motifs, le décor tracé sur les pierres est peu connu. C'est pourtant un versant très attachant de la sculpture romane. Voyage en Vals de Saintonge dans "l'univers des formes".
Si l'on parle d'arabesque pour désigner les signes visuels entrelacés, il y a une raison, celle, d'évidence, de l'influence arabe, de l'art de l'Islam, de ces merveilles de l'Orient qui ont nom Ispahan, Boukhara, Samarcande. L'Islam, de part son refus de la représentation du vivant, a porté à son incandescence l'art du trait enlacé, abstraction avant l'heure. Les retours des croisés, mais aussi les réalisations architecturales du sud de l'Espagne ont fourni à l'art roman un champ pour sa richesse décorative.
C'est d'Aulnay que tout part, vous le savez sans doute à lire ces pages. Tôt le matin, vous êtes dans cette grande nef de lumière douce, vous touchez la force des piliers qui tiennent l'édifice : à leur sommet, ces chapiteaux gonflés de formes végétales, de feuilles d'acanthe, de palmettes, ou bien simplement de signes épurés qu'on ne sait pas nommer. Le motif est comme la musique, c'est un langage abstrait, des notes sur un clavier. Il n'est pas l'image du monde, mais celle de l'âme peut-être. Dialogue des motifs et de la terreVous quittez l'enchantement d'Aulnay, vers l'Ouest, St-Georges de Longuepierre, Blanzay. Voici les peupliers, la Boutonne, cette rivière qui n'en est pas une, mais tout un univers invisible, La Vaillette, La Grève, petits villages au bord des bras multiples. Puis vous montez vers St-Martial, ce qui vous semble une maigre butte. Mais après les détours abrupts d'une route étroite, dans le vent d'un sommet de colline, vous voyez la terre en contrebas, déjà lointaine, la mosaïque cultivée de l'ancien marais de Coivert.
Vous entrez dans la paix du petit cimetière. Le portail, nouvellement restauré, est un joyau décoratif, où se mêlent les motifs géométriques et végétaux, dans une conjugaison de lumière et de grâce. Tout ici paraît frais, pimpant presque, les feuilles aux chapiteaux semblent sorties d'une âme d'enfant.
Voyez ces rythmes au portail, lignes qui se croisent, qui s'assemblent. Le motif déroute le regard, c'est une géométrie hors du monde. Et pourtant, le corps qui s'émeut de l'équilibre, de l'harmonie des traits, ne peut s'empêcher de rêver, d'imaginer. Vous voyez les champs en contrebas, leurs limites quadrillées, vous voudriez que ce rythme au portail vienne de la terre. D'où vient le chant de l'homme, qui marque sur les pierres des lignes qui s'assemblent et qui ne montrent rien ? |