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Page 1 de 5 En Saintonge, le portail roman montre à son apogée l'interaction de la sculpture et de la forme. Au sein de la façade, le portail organise la sculpture, et délivre le plus souvent un message religieux. Certaines fenêtres très ouvragées participent aussi de ce grand livre ouvert au regard de ceux qui passent.
Certainement, les histoires racontées aux portails cherchent à expliquer : la plupart de ceux qui fréquentent les églises au XIIe siècle sont analphabètes et les images sculptées sont un moyen de dire le message religieux. Mais il n'y a pas en Saintonge de tympan au portail roman, cet espace plan parfois vaste qu'on trouve plus au sud en Aquitaine, ou en Bourgogne, et qui permet de grandes compositions sculptées. Ici, les figures sont multipliées, elles font profusion, mais chacune liées à un élément du portail. Il en résulte une richesse et des variantes à l'infini, au sein d'une réelle complexité visuelle. Aulnay, NuailléComme pour tous ces parcours romans, vous nous suivez à partir d'Aulnay, et dans la lumière du matin, c'est au chevet de l'église qu'on se situe, devant la fenêtre au centre de l'abside. La fenêtre romane est la cousine du portail : même arc en plein cintre, mêmes chapiteaux de part et d'autre... Cette fenêtre est une merveille d'équilibre entre le décor et les figures symboliques. De chaque côté, des petits personnages sont aux prises avec un entrelacs végétal et semblent lutter avec lui pour s'élever. C'est ce qu'on nomme la Scala Salutis, l'échelle du salut. Au XIIe siècle, le végétal, c'est la forêt, un lieu où il est difficile de survivre. L'image a donc un sens profond et parle au paysan médiéval qui défriche et déboise souvent. Ce soir, la lumière du couchant rendra magnifiques les portails d'Aulnay. Pour l'heure, vous prenez vers l'Ouest, à six kilomètres voici Nuaillé, les rives plates de la Boutonne et le domaine des peupliers. |  Fenêtre centrale de l'abside, église St-Pierre, XIIe siècle, Aulnay de Saintonge |
Un évangile de l'enfance 
Vue générale du portail, église Notre-Dame, XIIe siècle, Nuaillé sur Boutonne |
L'église est au bord de la route, vous approchez du portail, vous voyez cet arc, ces voussures superposées qui vous invitent au passage, et ces figures en même temps qui rayonnent, pierre après pierre. Du centre du portail, elles s'ouvrent sur le monde, elles peuplent l'espace. Après la vision, vient le temps de l'histoire. La voussure du bas, relativement simple, montre les apôtres en mission. Celle du haut est plus riche. C'est l'histoire de l'enfance du Christ, mais pas très ordonnée, puisque l'Annonciation est à droite, tout comme la Fuite en Egypte, alors que la Nativité est au centre, avec les rois mages offrant leurs cadeaux. A gauche, Hérode, le roi romain, a convoqué les mages, il a peur de perdre son pouvoir, peur d'un nouveau-né, il veut savoir où est l'enfant... Les mages ne lui diront pas, il fera tuer tous les enfants de moins de deux ans : la partie gauche du portail montre cette histoire du massacre des innocents. Vous êtes devant le portail, devant ces images que vous comprenez à peine. Sous le regard, c'est le chatoiement des corps d'abord, les plis fouillés des vêtements, vous discernez les visages, ce roi qui n'a pas l'air si cruel... | 
Le roi Hérode et deux des rois mages, détail voussure supérieure du portail, église Notre-Dame, XIIe siècle, Nuaillé sur Boutonne |
Etre devant le portail roman, c'est souvent se dire, en fragments, l'histoire des hommes. C'est souvent aussi, dans l'émotion qui naît de ces images, de la lumière sur les pierres, être ébloui de cette puissance visuelle, des détails, des expressions.
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