Aulnay, SallesVous partez d'Aulnay, vous entrez dans la grande nef, dans la paix de la lumière matinale. Les lourds piliers tiennent l'édifice, à leur sommet des chapiteaux en grappes, avec l'éclairage tout en nuances dans l'ombre douce. Votre regard s'arrête sur les chapiteaux, et quand derrière l'admirable élégance des courbes, des jeux de lumière, vous voyez les monstres figurés là, dragons aux dents voraces, visages grimaçants... quelque chose se fige en vous, à votre insu. Comme si ces "ymages" sculptées portaient la violence au coeur du sacré, comme si c'était une liberté complète d'imaginer qui s'offrait là, submergeant l'espace paisible. La profusion du bestiaire ici est telle qu'on n'échappe pas à ce dialogue intime, de l'homme et de la bête, de ce que porte l'émotion qui vous étreint. Quittez Aulnay – ce soir, au retour, d'autres merveilles vous attendent ici – pour Salles, tout proche. Ici l'église est minuscule, la lumière du Levant qui passe la fenêtre magnifie les sirènes et les dragons des chapiteaux. Et la rupture est plus forte encore, entre l'ambiance et les ymages, dans cet espace resserré. L'expérience du bestiaire est unique ainsi : la beauté du monde qui vous est donnée, qui vous étreint, la symphonie de la lumière, des pierres, de l'espace... Et, dans le même mouvement, l'absolue étrangeté du monde, des êtres inventés, des monstres de légende, des histoires, qui vous questionnent et vous parlent, hier comme aujourd'hui. Dragons et GriffonsTout au long de la journée, vous verrez des dragons. Le dragon a un corps de reptile, mais des pattes griffues, sa gueule crache le feu ou des éclairs, son corps est couvert d'écailles. Il peut avoir des ailes, et jusqu'à sept ou douze têtes... On dit de lui qu'il peut parler, que sa langue est le latin... C'est un être de mort, de colère et de violence, doté de pouvoirs magiques... Monstre universel, le dragon en Occident est maléfique. Dans l'Apocalypse, il symbolise le Mal, et saint Georges terrasse le dragon sur de nombreux chapiteaux. Alors qu'en Chine, le dragon symbolise la puissance et le pouvoir du ciel, bénéfiques. Le griffon, quant à lui, est plus pacifique. Son corps est à l'avant celui d'un aigle, et à l'arrière, celui d'un lion. Comme tel, il marie le ciel et la terre, symbolisant la double nature du Christ, divine et terrestre. Il vient, dit-on, de Mésopotamie. Les animaux fantasmés sont entre imaginaire et réalité : leur symbolique est si puissante, ils existent dans les histoires des hommes depuis si longtemps qu'ils deviennent comme à la frontière de nous-mêmes, étonnamment proches. |  Dragons, chapiteau de la nef côté nord, église St-Pierre, XIIe siècle, Aulnay de Saintonge |